65daysofstatic + Fuck Buttons + Mount Eerie @ Ancienne Belgique

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Cette soirée au line-up incroyable s'inscrivait dans le cadre du Domino Festival de l'Ancienne Belgique – le festival comportait également, entre autres, des concerts d'Autechre, de Lou Reed, ou encore Rain Machine ou Crystal Antlers.

Image de Tomàn Comme d’ordinaire dans le cadre de ce festival, une listening session était organisée avant le premier concert : cette fois-ci c’est à Latin d’Holy Fuck que l’on a eu droit, et si je n’en attendais pas grand-chose, ce mélange d’électronique et d’instruments électriques, très proche de !!!, s’est finalement révélé être une bonne surprise.

C’est à 17h que Tomàn, quintet belge, prend place sur la scène. La description sur le site de la salle semblait suggérer ce type de post-rock vaguement aérien, tellement rabâché depuis 10 ans qu’il en devient insupportable, d’où une certaine surprise face à une formation qui ne se contentera pas du schéma tant entendu « arpèges-crescendo-explosion ». Tomàn a le bon goût d’introduire des éléments de math rock et surtout d’électronique vintage, à l’aide de synthétiseurs Moog, venant ponctuer et rajouter une touche un brin plus originale aux explosions. Surtout, le groupe sait se faire plus joueur, en ne restant pas dans une mélancolie languissante du début à la fin, et en utilisant le chant à bon escient. Enfin, la vidéo, parfaitement synchronisée au son, est une autre bonne idée, donnant un côté cinématographique à ses titres et renforçant l’impression de grande cohésion entre les musiciens. Le set est rondement mené, tous les morceaux s’enchaînent, et tout parait fluide : c’est réellement un excellent concert que nous a proposé Tomàn ce soir-là.

Image de Three Trapped 45 minutes plus tard, fin du show, et c’est Three Trapped Tigers qui prend possession des lieux. Première partie sur toute la tournée de Fuck Buttons, ce groupe s’est fait remarquer (ou pas) en 2009 pour 2 EPs extrêmement originaux, dans la veine de Pivot, qui le placent quelque part entre electronica, math rock, noise rock, post-rock, et tout un tas d’autres styles. Étant littéralement sous le charme de compositions telles que 6 ou 1 (car oui, à la manière de Supersilent, le trio semble avoir la phobie des mots, et ne nomme donc aucun de ses morceaux, ni de ses EPs, se contentant de les numéroter), qui parviennent à susciter des émotions malgré leur côté kitsch assumé, j’avais hâte de voir comment le groupe allait s’y prendre pour les faire ressortir sur scène. Pourtant, et en dépit de l’enchaînement de tubes sélectionnés avec précaution, Three Trapped Tigers n’a pas réussi à retranscrire complètement en live tout ce qui fait son attrait en studio. À leur décharge, le groupe est encore jeune et les trois Anglais s’en tireront malgré tout avec les honneurs. Les lignes de synthés qui s’entremêlent, ponctuellement accompagnés de choeurs vocaux, feront leur petit effet. Tout comme le batteur qui se détache du lot en faisant preuve d’une énergie et d’un talent assez hallucinants.

Image de Mount Eerie Le matériel que Mount Eerie dispose sur la scène est plutôt impressionnant pour une formation essentiellement connue depuis les années 90 pour un indie folk lofi souvent intimiste, malgré un dernier album très noise rock — et très bon — inspiré par le black métal. Double batterie (dont l’une équipée d’un gong), synthétiseurs installés de part et autre, et même un basson — pas moins de six musiciens seront présents ce soir. Mais bien entendu, la star du groupe, c’est Phil Elverum qui occupe les avant-postes avec sa guitare et son micro. Et pendant 45 minutes, le sextet, va s’appliquer à nous livrer un set parfait, très largement axé sur le dernier album en date : Wind’s Poem.

Les passages d’une terrible intensité alterneront avec une folk calme, mais sombre. Attaquant le concert avec l’incroyable Wind’s Dark Poem et son mur du son décapant, Phil Elverum poursuivra avec My Heart Is Not At Peace, Wind Speaks, et autres Between Two Mysteries. On pourra lui reprocher de jouer un peu trop à l’artiste torturé, par exemple lorsqu’il cherche à illustrer ses paroles avec ses mains en représentant le vent, mais après tout, c’est aussi pour ça qu’on l’aime ! Un set un peu trop court, mais animé par la perfection du début à la fin.

Il est maintenant 20 h, et l’un des groupes les plus attendus de la soirée se met en place : Fuck Buttons. Et là, aucune déception. L’introduction du fabuleux Surf Solar se fait entendre, et les premiers kicks ne tardent pas à arriver. Le son est profond et précis. La mélodie bruitiste du titre se détache du lot et vient nous offrir un avant-goût de ce qui va suivre. Car c’est véritablement après ce premier morceau que Fuck Buttons nous révélera toute son intensité : une nappe de bruit saturée terriblement puissante et tendue vient nous envelopper, nous agresser ; le mur du son devient physique comme en témoigneront les acouphènes à la sortie du concert. Le groupe enchaîne les extraits de ses deux albums : Okay, Let’s Talk About Magic, Colours Move, Rough Steez, Olympians, Ribs Out, Phantom Limb… Sur l’exceptionnel Bright Tomorrow, l’explosion est telle que l’on a presque l’impression d’être pris dans le souffle d’une déflagration (vraiment). Fuck Buttons ne nous lâche plus, et la tension se fait constante, ne souffrant d’aucune interruption. Lorsque le set s’achève après une heure de saturations bruitistes et de rythmes hypnotiques, le constat est clair : Fuck Buttons n’a pas déçu.

Image de 65 Days of Static 65daysofstatic installe alors son matériel, et, chose assez surprenante, il semble qu’il s’agisse du concert le plus attendu de la soirée. Les rangs se resserrent et une bonne partie du public connaîtra tous les titres joués par le groupe. Après les trois premiers morceaux, il apparait très difficile de devoir succéder à Fuck Buttons : 65daysofstatic nous envoie une série de murs du son, mais ceux-ci paraissent bien faibles à côté de ceux crées quelques instants auparavant. Et puis, au quatrième titre, un riff plus calme se fait entendre, et le concert prend enfin son ampleur. Entre noise rock, post-rock et électronique, les compositions sont de qualité, sans être transcendantes. Le summum sera atteint sur le dernier morceau, très Fuck Buttons justement, tournant autour d’un beat techno pendant plus de 10 minutes alors que des mélodies célestes se superposent par-dessus. Le groupe quitte la scène, mais comme le roadie semble préparer les guitares pour la suite, le suspens n’est pas vraiment de mise et les visages étonnés des membres du groupe à leur retour sonnent un peu faux. S’en suit une poignée de titres qui clôtureront définitivement cette excellente soirée sur des notes frénétiques de piano électrique.

Crédits photo : Helene Dehon

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A propos de l'auteur

Image de : C'est après avoir découvert Sonic Youth à 14 ans que je suis devenu passionné inconditionnel de musique. Après avoir découvert pendant 2 ans la scène rock indé, je découvre Autechre et Boards Of Canada et me rend compte que l'electro, c'est chouette également. Aujourd'hui, vous trouverez de tout dans mes écoutes et coups de coeur, de l'electro expérimentale à la noise, en passant par le hip hop, l'ambient, le glitch hop, etc, et en gros toutes les micro-étiquettes (skweee, hauntology, etc) que l'on peut rattacher de près ou de loin au genre "musique". J'écume les salles de concert de la région lilloise, et suis moi-même joueur de piano et de synthé.

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