3ème symphonie de Gustave Mahler de Neumeier

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Nul n'a besoin d'avoir inventé - selon la formule populaire - la « poudre à canon » pour comprendre, à la lecture du nom de cette création, quel en sera le thème ; i.e., l a Troisième symphonie de Mahler . Il est habituel, sinon attendu, qu'une composition dite de musique « classique » accompagne un ballet, qui lui-même devient.un classique. Le chorégraphe John Neumeier, en 1975, a pris le contre-pied de cette tendance pour mettre la musique au coeur même du processus de création. Avec le Sacre du Printemps, la troisième symphonie est un des rares ballets d'une telle dimension.

troisieme_symphonie_spectacleLes six mouvements de la Symphonie composent les six tableaux du ballet. Pour son entrée au répertoire de l’ Opéra de Paris, La 3ème a pour interprète principal Nicolas Le Riche . Le danseur étoile, certes moins jeune que ses comparses, mais plus aguerri, étonne et enchante par la grâce de ses mouvements pleins, comme si, une fois la technique acquise, le danseur pouvait atteindre une dimension qui irait au-delà de la perfection attendue et nous étonnerait par l’empreinte d’une personnalité « remarquable » – au sens propre du terme. Nicolas Le Riche a acquis une expérience tant sur la scène nationale qu’internationale et impose sa « patte » en donnant de l’amplitude à un rôle parfois quelque peu compassé. À presque quarante ans, il confirme avec brio son titre.

Fut-il le seul événement de cette soirée ? Certes non. Bien que devant saluer la prestation de ce danseur, toute âme honnête doit surtout s’incliner devant la création. Avec La Troisième Symphonie de Mahler, Neumeier porte son art à son apogée. Le chorégraphe réussit la symbiose entre la danse et la musique, entre le regard contemporain et la partition classique : tout mouvement, tout porté, pas de deux, entrechat ou autre pirouette accompagne les notes qui s’échappent du parterre où l ‘Orchestre de l’Opéra national de Paris prend place habituellement. Cent musiciens et une cantatrice, plus de cinquante danseurs, c’est plus qu’il n’en faut pour convaincre tout réticent à l’évocation de « Mahler ». C’était une volonté de Neumeier, dans son processus de création, que de faire de cette partition l’unique support de sa création. Les costumes, simples justaucorps semblables à de légers voiles de Surah, sont pastels, blancs ou chairs. Rouge passion dans l’avant-dernier tableau, pour évoquer l’amour. De décors, il n’y en a point ; seule la lumière, passant d’un bleu froid à un orange passé, accompagne le corps de ballet.

In fine, peut-on qualifier cette chorégraphie de classique ou de contemporaine ? Elle se situe sans doute à la frontière de ces deux acceptions. Certes, la technique et la présence du corps de ballet laissent planer un doute. Mais les gestes symétriques, l’absence d’un fil conducteur – amour, trahison, passion – autre que celui de la Symphonie ainsi que les portées d’une virtuosité et d’une modernité édifiantes laissent la trace d’une modernité qui ne souffre d’être discutée. Le chorégraphe a de plus développé une technique bien particulière avec des pas de deux compliqués, où le poids des corps sert à des prises de corps inhabituelles.

Tout prend sens dans cette démarche intéressante : les danseurs, nombreux sur scène dans trois tableaux, parcourant la création de bout en bout, de pas de deux en pas de deux, suivent les notes sibyllines de l’un des compositeurs qui compte parmi le Panthéon des génies de la musique classique du XXe siècle. Et lorsque deux génies se rencontrent au hasard du temps, l’on ne peut qu’endosser l’humble habit du thuriféraire afin d’applaudir une telle osmose.

Crédits photo : Sébastien Mathé

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Création de John Neumeier, 1975
Entrée officielle au répertoire de l’Opéra national de Paris.

Site officiel de l’Opéra national de Paris : http://www.operadeparis.fr/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1985, Marine vit à Paris. Après avoir pensé à devenir avocate, magistrat ou danseuse étoile, elle décide in fine de rester dans l'univers suranné des livres qui ont formé son imaginaire. Elle a longtemps pratiqué la danse contemporaine, avant de trouver sa place sur les sièges élimés des théâtres. Écriture, spectacle vivant, danse : voici les mots clés qui l'ont poussée à devenir chroniqueuse pour Discordance.

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