21 Love Hotel – Following the White Rabbit… down road 66, in a Black Mustang

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Pour ce MP3 de la semaine, commençons par ne pas parler musique tout de suite. Non, gardons le meilleur pour la fin. Parlons donc un peu cinéma et littérature. Car, attention, l'album de 21 Love Hotel, que le groupe qualifie lui-même de « cinématographique » s'écoute aussi bien avec les yeux qu'avec les oreilles: on plonge dans leur univers comme dans un script de David Lynch, un film de Jarmusch ou une nouvelle de Lovecraft . On se laisse submerger, et c'est difficile de refaire surface après.

Tant pis, prenons le risque ! Arrêtons-nous au bord de la route 66 et allons frapper au numéro 21 de ce love-hotel, voir un peu ce qui nous attend derrière la porte.

Ce qui nous attend, c’est un univers délicatement pensé, qui se construit au fil de l’écoute de ce premier EP, Our Heart Belong to the Storm . Ext/Jour ou Int/Nuit, on se laisse guider par les indications du script et les intermèdes vocaux qui viennent s’intercaler entre les chansons. Ces intermèdes semblent tout droit extrait du cinéma américain des années 50. L’histoire est simple : un homme, une femme, une chambre d’hôtel au milieu de nulle part et toute l’angoisse métaphysique qui en découle. Les chansons collent parfaitement à cette ambiance comme s’ils en étaient la bande originale. Finalement, ce sont peut-être les morceaux qui viennent s’intercaler entre les intermèdes.

Mais en aucun cas la musique n’est à mettre en arrière-plan. Au contraire, le duo parisien nous livre ici un album d’une grande qualité musicale et d’une maturité impressionnante. Ils maîtrisent totalement leur univers et poussent loin la recherche de son : les instruments sont variés et surprenants (de la maracasse au thérémine en passant par le mégaphone), utilisés avec délicatesse (morceaux saupoudrés de glockenspiel ou illuminés par une trompette) et exploités au maximum de leurs possibilités (foison d’effet sur les guitares ou le piano).

Le résultat de cette alchimie délicate c’est une folk chamanique étrangement inquiétante. La saturation et la reverbe des guitares évoquent l’ambiance hantée de la B.O de Dead Man par Neil Young . Les accords sont épurés et les notes tombent une par une comme pour en apprécier l’écho désertique. Elles résonnent et claquent dans le silence feutré de la chambre d’hôtel. Ces mélodies se couplent parfaitement à la sensibilité envoûtante de la chanteuse. Sorte d’Alice perdue sur une Lost Highway, la jeune femme a des faux-airs de Beth Gibbons, chanteuse de Portishead . Même sensibilité à fleur de peau, même mélancolie hypnotisantes, elle joue sur cet équilibre précaire. Voix sur le fil pour les ballades chamaniques, dérapages volontairement contrôlés pour les compos plus rythmées, on est complètement transporté par ses élans et on la suit dans sa transe endiablée.

Rajoutons juste que c’est hors champs et sur scène que 21 love Hotel prend une tout autre mesure. L’univers éclate et se ramifie en donnant un relief tout autre aux compositions. Accompagnés d’une contrebasse d’une guitare supplémentaire et d’un batteur (mention spéciale au batteur fou d’ailleurs), le duo prend un malin plaisir à nous transporter dans un ailleurs indéterminé. La dynamique est différente et tout autant appréciable : on peut par exemple profiter des chansons plus cadencées qui ne figurent pas sur l’EP et surtout savourer les 2 covers qui encadrent le live : un Bella Ciao envoutant et surtout, surtout l’électrique Mercy Seat  du grand Nick Cave .

21 Love Hotel nominé donc, pour le meilleur script, le meilleur décor et le meilleur espoir masculin/féminin de 2009.

C’est hors champ et sur scène que 21 Love Hotel prend toute sa mesure. Le duo éclate et se ramifie

Myspace: http://www.myspace.com/21lovehotel

A lire sur Discordance: [Live Report->518] (Mars 2008)

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A propos de l'auteur

Image de : Mercy Seat n’aime pas trop s’exposer. C’est mauvais pour sa peau de toute manière. Elle préfère se terrer dans les coins obscurs des salles de cinéma de quartier et les recoins des salles de concert. Qui sait sur quelle perle rare elle pourrait tomber au détour d’une rétrospective : un Scorcese inédit, la Nuit du Chasseur en copie neuve, Sailor et Lula redux ? Elle chine par-ci par-là des bouts de Nick Cave et de Johnny Cash, de Queens of the Stone Age et de White Stripes, rêve d’un endroit qui ressemble à la Louisiane (mais en moins chaud), et pense que si Faulkner et Shakespeare avaient vécu à notre époque, ils auraient fait des supers films avec Tarantino et Rodriguez.

9 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 17 février 2009
    Julia a écrit :

    Jolie voix…et joli univers, un peu « Beirutien » sur la fin !

  2. 2
    Yves Tradoff
    le Mardi 17 février 2009
    Yves a écrit :

    Quoi dire, sinon que ça s’écoute très bien. Il manque plus qu’un peu de soleil et ça sera idéal!

  3. 3
    VIOLHAINE
    le Mercredi 18 février 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    Je les avais découverts il y a fort longtemps grâce à myspace… J’aime, ça vaut le détour !!

  4. 4
    Nicolas Brunet
    le Mercredi 18 février 2009
    nico a écrit :

    Très bon groupe. A voir live absolument également.

  5. 5
    le Mercredi 18 février 2009
    orchid-loulou a écrit :

    we love you !!

  6. 6
    le Mercredi 18 février 2009
    Flo a écrit :

    rhalalalaa comme je les aime ….Clémence et Fred ont un univers bien à eux et sont d’une générosité rare, en plus de leur talent! à voir et revoir :)

  7. 7
    le Mercredi 18 février 2009
    Elsa a écrit :

    Sans modération!

  8. 8
    le Mercredi 18 février 2009
    robert a écrit :

    le disque est intimiste et le live explosif, c’est très différent même si c’est les même chansons et le même univers, et c’est très très bon dans les deux cas.

  9. 9
    le Mercredi 18 février 2009
    Clara a écrit :

    J’adooore! et je tiens à remercier Nico qui nous avait tous invités au GlazArt et sans qui je n’aurais pas eu la chance de connaître ce groupe du coup :D Parce que quand tu connais pas et que tu les vois pour la 1ère fois en Live … mamamiaaaa!

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