2030 ou l’histoire d’un bovarysme musical

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Bovary serait sur la scène parisienne un « OVNI musical […] d’une espère rare ». Auteur d’un bel hoax qui a fait un mini-buzz sur Internet l’été dernier, le groupe composé de Yann, Alexandre et Gabriel a sorti récemment son premier album intitulé « 2030 ». Révélation autoproclamée annoncée comme une véritable révolution, qu’en est-il vraiment ? Info ou intox ?

Présomptueux. Comme c’est de plus en plus le cas, voilà le premier mot qui s’impose à la lecture du dossier de presse de Bovary. Selon le document le trio serait à l’origine du Flash Rock, « Flash comme une décharge électrique, une explosion d’énergie, un contraste violent ». Cependant on ne nous en dit pas davantage au sujet de ce contraste censé nous figer sur place. Peut-être obtiendrons-nous une réponse en nous plongeant plus en avant dans le dossier de presse ?

2030, le premier album du groupe, serait l’aboutissement de la digestion de très nombreuses influences, diversité que l’on retrouve jusque dans les différents profils composant le groupe. Il alternerait ainsi des « morceaux rock enragés par des murs de guitares », des « pop songs ambitieuses », de la « soul énergique et dansante », de la « pop mélodique débridée » et même du « blues enragé psychédélique ». Seulement d’une trop grande diversité naît le risque d’incohérence. Alors où est-elle, la cohérence, dans tout cela ? Peut-être de cette idée de « flash rock » sur laquelle semble être basée la communication du groupe : enragé, dansante, débridée… Voilà donc ce qui réunit les dix chansons de 2030. Vraiment ? Ce n’est pas aussi simple. En effet tous ces qualificatifs ne sont pas nécessairement synonymes et si la carte est ambitieuse, le repas ne comble pas toutes les attentes.

En annonçant un album en forme de « révélation », de « vent de fraîcheur » et d’« explosion », Bovary avait placé la barre un peu haut. En écoutant les premiers morceaux (Paisley Pie, The Crab, Hung Wolf Wood) il est difficile de ne pas commencer à s’interroger. Après tout, le dossier de presse nous avait promis un groupe qui « remet au goût du jour la prise de risque ». Mais où est-elle cette prise de risque ? Certainement pas dans les textes, qui ne diffèrent pas de ce qui se fait actuellement sur la scène rock parisienne : en anglais (ça passe mieux, surtout quand on ne cherche pas à les comprendre), simples, presque simplistes, ils ne convainquent pas. Les mauvaises langues – j’en fais partie – pourraient tenter de défendre ce point de vue en clamant qu’il est difficile d’accoucher d’un album aussi efficace musicalement parlant lorsqu’il comprend parfois des paroles comme « Lilah se connecte sur son blog / Et moi je bloque sur le Net / Je veux atteindre son point Org / Saturer ses barettes ». Musicalement efficace car de l’énergie se dégage de l’album, c’est indiscutable. Après plusieurs écoutes il devient clair que c’est la (seule ?) force de Bovary. Ce n’est pas la voix de Yann (j’attends les « frissons » promis), ce ne sont pas les textes, c’est tout simplement l’énergie produite par le tout.

Nos confrères ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et ont, tout comme nous il y a quelques mois [1], choisi de s’orienter sur l’aspect déflagrateur du « Flash Rock ». Ainsi, tandis que Net Emergence se contente d’un modeste « Ça sent la grosse claque » (c’est bien les gars, surtout ne vous mouillez pas), Bouche à Oreille résume sobrement le dossier de presse : « Un mélange musical tonique et détonnant, porté par la voix présente et habitée de Yann ». Mention spéciale toutefois pour Not For Tourists, dont je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager l’avis : « Bovary distille des mélodies entêtantes, parfois sombres, souvent plus lumineuses qui, si elles convient des fantômes, n’en sont pas moins dotées d’une belle efficacité et fonctionnent à merveille ». Nous avons mis quelques stagiaires sur le dossier, ils devraient être capables de nous expliquer cette phrase d’ici quelques jours (stay tuned).

Pour conclure, 2030 n’est pas un mauvais album. Loin de là. Sur le créneau rock c’est même un bon premier album. Entraînant, entêtant (parfois débridé, il est vrai) c’est probablement un bon aperçu de ce que peut donner Bovary sur scène. Les mélodies, travaillées, restent en tête longtemps après l’écoute et on ne peut que vous conseiller d’aller vous faire une idée en concert plutôt que dans votre salon.

A la lumière de ce qui vient d’être dit, difficile toutefois de résister la tentation de souligner que le dossier de presse avait malgré tout raison sur un point : que ce soit via sa musique ou ses dossiers de presse hallucinés, il n’est plus à prouver que la scène rock parisienne devient « de plus en plus formatée ».

Morceaux favoris : The Crab, 2030, Cemetary Days.

NOTES

[1] Bovary figurait dans notre Top 3 du mois de juin 2010 sur Noomiz : « Pop enragée entre blues, romantisme sonore et déflagrations rock ».

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En savoir +

Clip-hoax pour le morceau 2030 : http://www.youtube.com/watch?v=VPQZxcnFt5o
Site officiel du groupe
(renvoi vers Myspace) : http://www.wearebovary.com
Dossier de Presse
(pdf) : http://beanzmusic.free.fr/BOVARY_COM/BOVARY_DP_VF_OCT2010.pdf

A propos de l'auteur

Image de : Né en Allemagne à la fin des années 80, alors que l'ordre mondial était en plein bouleversement (et sa naissance n'y est sans doute pas pour rien), Loïc a eu très tôt le goût de faire tomber les murs. Aujourd’hui, c’est au sein de Discordance qu’il poursuit sa mission. Trop souvent adepte du « c’était mieux avant », passionné de cinéma, de littérature et de musique (tout un programme), c’est tout naturellement qu’il a choisi de prendre la tête de la rubrique Société : quelle meilleure tribune pour faire trembler les murs ? Vous pouvez à présent suivre ses élucubrations à la fois sur Twitter (http://twitter.com/JLMaverick) et sur son blog : http://johnleemaverick.wordpress.com.

3 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 22 février 2011
    Valery a écrit :

    Sympa de parler de nous en loucdé comme ça.

    Surtout pour reprendre un commentaire facebook.

    En oubliant au passage que vu que les groupes qui s’inscrivent sont écoutés par un jury, effectivement, avant les écoutes on essaye de pas se mouiller trop. Du coup ce message est même un de ceux où on se mouille le plus avant les écoutes; et je le referai pas pour laisser sa chance à tout le monde.

    Mais c’est toujours plus simple de critiquer pour se faire mousser que de chercher à comprendre.

  2. 2
    Loïc
    le Mardi 22 février 2011
    Loïc a écrit :

    Un e-mail aurait effectivement dû être envoyé aux trois rédactions concernées au moment de la publication. C’est réparé pour ce qui est des deux autres.

    Il ne s’agit pas de reprendre un « commentaire Facebook » mais le dossier de presse du groupe (si son auteur a choisi de citer un commentaire Facebook, ça le regarde). Ça s’inscrit donc bien dans la logique de comparaision DP/Album de l’article.

    « Avant les écoutes on essaye de pas se mouiller trop ». Mon opinion est qu’avant une écoute on ne dit rien du tout mais ça n’engage que moi. En revanche, s’il s’agit bel et bien d’un simple commentaire Facebook (que je ne suis pas parvenu à trouver sur la page du groupe) c’est évidemment différent. Ça n’est plus qu’un commentaire inutile comme il y en a beaucoup sur ce site.

    Je suis gentil, je ne relève pas la dernière phrase et reste au bord du bac à sable.

  3. 3
    le Mardi 22 février 2011
    Valery a écrit :

    « Mon opinion est qu’avant une écoute on ne dit rien du tout mais ça n’engage que moi. »

    On est d’accord d’où ma remarque sur le fait qu’aujourd’hui, je me mouillerai encore moins en étant tout à fait neutre.

    On est d’accord aussi sur facebook.

    Et pour la dernière phrase, préciser que tu « reste[s] au bord du bac à sable » c’est bel et bien la relever. Mais c’est pas bien grave.

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