2013 en quelques albums

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Le difficile exercice de synthèse d'une année musicale, proposée par groupes de cinq albums. Et en bonus, quelques pistes pour 2014.

Cédric

Julia Holter

Julia Holter Loud City Song
M’ayant déjà conquis deux années de suite, Julia Holter enfonce définitivement le clou avec cet album. S’inspirant d’une nouvelle de l’écrivain Colette, elle continue de tisser et de manipuler son univers atypique et avant-gardiste, voguant avec talent entre électronique, jazz, pop, classique, expérimental et ambient. L’album, hétérogène mais toujours cohérent, joue avec nos sens, notre perception … on finit émerveillé.
Pis mince, coupons court, j’ai frissonné de nombreuses fois, j’ai même pleuré (et oui) aux cours de mes nombreuses écoutes de Maxim’s I. Ce n’est pas tous les jours que je découvre des morceaux qui en sont capables. Ça ne m’est pas arrivé depuis The Great Below de Nine Inch Nails.
On tient l’héritière de Kate Bush, je vous l’assure.
Top 3 titres : Maxim’s I / This is a True Heart/ Horns Surrounding Me

Still Corners Strange Pleasures
Après leur excellent premier album Creatures of an Hour, très long en bouche, celui-là m’a causé un peu les mêmes problèmes que son prédécesseur. Il faut persister pour en découvrir toutes les saveurs, et sincèrement, ça en vaut le coup : c’est l’explosion en bouche. Même si on regrettera quelques chansons inégales vers la fin, on se laisse emporter par les mélodies exquises et le chant divin autour de ces plaisirs étranges et paradoxaux que sont les sentiments.
Top 3 titres : The Trip / Strange Pleasures / All I Know

Girls Names The New Life
En voilà un album qui fait souffler dans nos têtes un vent de cold wave. Basse vrombissante, arpèges clairs et voix d’outre-tombe… Si leur style n’est pas, en soi, révolutionnaire, force est de reconnaître qu’ils font leur travail à merveille, avec un album sublimement cohérent et référencé. Un petit voyage dans le meilleur du post punk d’antan.
Top 3 titres : Pittura Infamante / A Second Skin / Hypnotic Regression

Wavves Afraid of Heights
Je me contenterai de citer la review de Vice à son sujet : « Vous saviez ce que foutait Wavves ces derniers temps ? Il vient de signer chez Warner et sort les bons morceaux que NOFX a oublié de faire ces quinze dernières années. »
Tout est dit.
Top 3 titres : C’est un album punk, ça s’écoute d’un trait !

The Knife Shaking the Habitual
Il n’y a pas à dire, cet album porte très bien son nom!
Chaque morceau a son ambiance, son thème et surtout, ose ! Finis les morceaux pop et dansants ; le groupe évolue, effectue la synthèse d’eux-mêmes et de leurs side-projects pour cette fois-ci nager un peu dans le fourre-tout punk aux larges influences industrielles.
Même si c’est sûrement leur album le moins accessible, il continuera à vous étonner à chaque écoute, soyez-en sûr!

Top 3 titres : Old Dreams Waiting To Be Realized / Full Of Fire / Stay Out Here

Mentions spéciales : Blue Hawaii – Untogether / Nine Inch Nails – Hesitations Marks / Octo Octa – Between Two Selves / Disclosure – Settle / Opale – L’Incandescent

Manon

London+Grammar+PNG

London GrammarIf you wait
Une très belle surprise pour ce jeune groupe britannique porté par la voix presque irréelle de sa chanteuse.

WoodkidThe Golden Age
Un album très attendu, surprenant et magique.

Agnes ObelAventine
Encore une bourrasque fabuleuse dans un univers feutré et doux.

BirdyFire Within
Le premier album co-écrit par la prodigieuse Birdy, un plaisir de l’entendre donner de la voix sur des sonorités qu’on ne lui aurait pas confiées.

Vanessa ParadisLove Songs
D’un double album, on dit trop souvent qu’il y a à prendre et à laisser. Ici les chansons correspondent davantage à des humeurs et des états d’esprit, et jamais cet album ne m’a déçue.

Vers 2014 :

Christine and the Queens, après un EP remarquable (Nuit 17 à 52), on attend son album avec impatience.
FAUVE, attendus au tournant avec ce premier disque (Vieux Frères à paraître en début d’année), le groupe se doit de conserver son identité en proposant du neuf.
Denai Moore, discrète mais talentueuse, auteur compositeur d’un très bel EP (The Lake) sa plume prometteuse donne envie de se pencher un peu plus sur cette artiste à suivre.
Nick Mulvey, britannique lui aussi, parfois par chez nous pour des premières parties, auteur compositeurs de quelques EP, peut être d’un album sortira en France un jour… espérons pour 2014 !

Ghost

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David Wingo – Mud (Original Motion Picture Soundtrack)
Ayant déjà composé la bande originale du précédent film de Jeff Nichols, Take Shelter, David Wingo s’attaque cette fois-ci à celle de Mud (affublé du sous-titre Sur les rives du Mississippi en France), œuvre radicalement différente s’il en est. La direction musicale s’accorde donc tout naturellement à l’image du long-métrage, explorant des horizons plus paisibles et solaires, sans oublier pour autant des compositions suffisamment enlevées pour soutenir l’action. Parfois triste et dur, mais porteur d’une beauté et d’un espoir certains, ce fabuleux voyage est une indéniable réussite.

Lo-Pro  Disintegration Effect
« … fasciné et horrifié par notre dépendance à la technologie. » Ces termes du frontman Pete Murray représentent parfaitement le thème autour duquel s’articule le troisième album du combo, Disintegration Effect. À l’origine plus un groupe de hard rock très mélodique, Lo-Pro se rapproche davantage avec ce nouvel opus de la précédente formation de Murray, du guitariste Neil Godfrey et du bassiste Jerry Oliviera, Ultraspank. Place donc à une rythmique souvent plus agressive et synthétique, ainsi qu’à un chant très nuancé, où les nombreux passages rageurs côtoient quelques belles envolées mélancoliques. Un regard percutant sur le devenir de notre monde, servi par une atmosphère globalement apocalyptique, hostile et particulièrement empreinte de nostalgie.

Pro-Pain  The Final Revolution
Malgré les nombreux changements de line-up que la formation new-yorkaise a pu traverser depuis plus de vingt ans, son pilier et membre fondateur Gary Meskil démontre avec The Final Revolution qu’il n’est pas encore prêt à raccrocher les gants. Entièrement composé par le frontman, et soutenu par d’excellents musiciens, ce quatorzième effort conserve toute la puissance, la maîtrise et l’intelligence des textes caractéristiques du combo à travers un enchaînement ininterrompu de titres implacables et terriblement accrocheurs. Pro-Pain n’a pas pour habitude de faire des concessions et chaque seconde de cette offrande dévastatrice est là pour nous le rappeler de la manière la plus concise et la plus brutale qui soit.

The Gathering – Afterwords
Un an après la sortie du remarqué Disclosure, les néerlandais de The Gathering reviennent avec Afterwords, un onzième album assez singulier. Car outre quelques nouveautés, une poignée de morceaux issus de l’EP Afterlights sorti également en 2012 et une reprise du défunt groupe britannique New Musik, plusieurs relectures de l’opus précité font également leur apparition. Une métamorphose de ces anciens titres qui s’avère ici pour le moins surprenante tant le chant, atout majeur du groupe, se montre clairement en retrait. De fait, quiconque ne sera pas rebuté par les expérimentations manifestes de ce nouvel effort pourra se laisser porter par ses paysages aussi beaux qu’éclectiques.

Sheryl Crow – Feels Like Home
Si les influences country ont toujours fait partie intégrante de la musique de Sheryl Crow, Feels Like Home la voit s’aventurer cette fois-ci pleinement dans ce registre. Sans surprise, l’interprète du tube If It Makes You Happy se montre parfaitement à son aise dans cette collection de ballades et de plages entraînantes sur des thèmes chers à l’artiste. Un nouvel opus qui porte décidément bien son nom et qui voit par ailleurs la contribution de nombreuses pointures du milieu de la country. À bientôt 52 ans, Sheryl Crow prouve qu’elle n’a rien perdu de sa superbe voix, ici resplendissante comme jamais, et que sa faculté à composer des disques aussi enivrants et réussis que Feels Like Home demeure absolument intacte.

Vers 2014 :

16volt et Prong avec son Ruining Lives auront la lourde tâche de succéder à deux albums particulièrement remarquables, respectivement Beating Dead Horses et Carved Into Stone.
Sierra Swan reviendra enfin en présentant Good Soldier, cinq ans après le magnifique Girl Who Cried Wolf.
Machine Head, probablement désireux de s’éloigner de la démesure de son précédent disque Unto The Locust, sera de retour avec un opus annoncé comme plus « direct ».
Quant à Fear Factory, il sera intéressant de constater si le groupe restera sur ses acquis et son statut de référence ou s’il cherchera à redevenir aussi innovant qu’il le fut jadis.

Samuel

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Colin StetsonNew History Warfare Vol.3: To See More Light
Le poulain de Constellation Records joue les surhommes et repousse encore une fois ses (les?) limites, clôturant sa trilogie en explorant de nouveaux territoires, en errant dans son univers musical, tout en restant magistralement cohérent. Le morceau, non, le périple To See More Light trône au pinacle des orgasmes auditifs de 2013, comme si nous en perdions notre souffle et que le géant Stetson utilisait ce souffle pour s’élever encore et encore, fuyant l’inertie, et s’élevant vers une lumière qu’il crée lui-même.

DarksidePsychic
On se promène dans Psychic comme on se promène dans un songe cosmique. Nicolas Jaar montre qu’il est tout aussi fort seul qu’accompagné.

Forest SwordsEngravings
L’EP était prometteur. Forest Swords semble être du genre à tenir ses promesses. Une errance nocturne hantée par des formes étranges, des corps sensuels, le tout ombragé par des notes électroniques possédées.

MendelsonMendelson
Un triple album dont on ne ressort pas forcément indemne. Et au milieu du chemin se trouve Les heures. Un audacieux, ambitieux, périlleux morceau de plus de 54 minutes. Une odyssée mi-Joyce (Ulysse), mi-Perec (Un homme qui dort) en mode « stream of consciousness » où l’on se noie jusqu’à la fin du monde. 3 disques pour 11 morceaux au total. Un voyage au bout de la noirceur humaine. Éprouvant. Magnifiquement éprouvant.

Nick Cave & the Bad SeedsPush the Sky Away
Les Australiens ferment le terrain de jeu de Grinderman, et reviennent aux choses plus sérieuses, et surtout plus sublimes, en livrant un des plus beaux albums du groupe. Et comme si ce n’était pas suffisant, la voix et les paroles de Nick, le violon de Warren et le reste de la bande offrent parmi les meilleures performances live qui soient. Alors on s’incline bien bas et c’est pas grave si on se casse le dos au passage, on aura toujours nos oreilles pour écouter.

Mentions spéciales aux magiciens de Fuck Buttons (Slow Focus), à la karmagnifique M.I.A (Matangi), à l’album postrock de l’année : l’éponyme d’Oiseaux-Tempête. Et côté EP, comme l’année dernière, on retiendra la merveille nostalgique de Burial : Rival Dealer.

Vers 2014 :

Côté premier album : Dead de Young Fathers. Après les deux EPs de cette année (particulièrement Tape Two), on est en droit d’être extrêmement impatient.

Côté sophomore : l’album éponyme de Warpaint (extatique rien que d’y penser) et The Unnatural World d’Have a Nice (six ans après la perle Deathconsciousness).

Et côté grands retours : envie de dire : « enfin » ou « pas trop tôt » pour Beck et son Morning Phase. Intérêt également pour les nouveaux LP de A Silver Mt. Zion (Fuck Off Get Free We Pour Light On Everything), cheveu (Bum) ainsi que la collaboration entre Sunn O))) et Ulver pour Terrestrials. À suivre…

Julia

Kurt+Vile++FOR+SPIN

Kurt VileWakin On A Pretty Daze
Après un Smoke Ring For My Halo plutôt mélancolique, le prolifique Kurt Vile aborde un son plus lumineux, s’éloignant davantage de l’esprit lo-fi de ses premiers albums (Childish Prodigy, Constant Hitmaker, pourtant aussi très bons dans leur genre plus…cosmique). Avec Wakin On A Pretty Daze, on passe de l’adolescence à l’âge adulte, de l’expérimentation à un son plus affirmé, installé. Kurt Vile cède parfois à la facilité, nous abreuve pendant plusieurs minutes de nonchalants « yeah, yeah, yeah« . Les morceaux s’étirent comme un bubblegum, qu’on continue de mâcher avec insolence.

DaughterIf You Leave
Le premier album du groupe Londonien commence comme une journée d’hiver, lumineuse et froide. Le calme apparent est troublé par les tourments de l’âme, matérialisés dans Youth par des poitrines qui explosent, des maisons emportées par l’inondation. Les ambiances passent de déluges de guitares en constructions de cordes délicates, qui doivent veiller à ne pas submerger la voix diaphane d’Elena. Exercices d’équilibre à fleur de peau.

Orval Carlos SibeliusSuper Forma
Échapper à la pesanteur a été un thème de 2013. C’est en compagnie du Parisien Axel Monneau qu’on a approché le plus de cet état, entre retour aux sensations originelles et évasion sans limites. Ce voyage progressif vers les constructions psychés de Spinning Round et de Super Data, avant l’épopée Good Remake et une conclusion en forme de loop, peuple nos rêves de corps stellaires.
A lire aussi : la chronique d’Anne R.  http://www.discordance.fr/orval-carlos-sibelius-super-forma-vers-linfini-et-au-dela-60368

Clara MotoBlue Distance
Avec la publication d’un EP (Joy Departed) et d’un LP dans l’année chez InFiné, l’Autrichienne a été particulièrement prolifique, pour notre plus grand plaisir. Sur Blue Distance, le tempo est ralenti, toujours dans une veine minimale mais aussi ambient, voire orientalisante. Des paysages électroniques nostalgiques se dessinent (My Double Edged Sword), aux côtés de réminescences de la moiteur des clubs (Hedonic Treadmill). La finesse du trait est remarquable.

San Fermins/t
Il n’y a pas que Vampire Weekend à remuer Brooklyn en 2013. S’inspirant de fêtes espagnoles pour son patronyme et prenant un taureau comme patron, le projet du compositeur Ellis Ludwig-Leone ne fait pas dans la sobriété. Les orchestrations denses s’appuient sur des cuivres (trompette, saxophone, trombone, tuba), des cordes, des chœurs, inscrivant la formation dans la famille pop orchestrale, option Sufjan Stevens et consorts. L’écoute de San Fermin, si elle requiert une certaine assiduité (17 morceaux aux rythmiques et ambiances fluctuantes), révèle de précieux moments de grâce.

Vers 2014 :
Les Raves Tapes de Mogwai, que nous avons rencontrés et dont nous publierons l’interview en janvier.
L’opus des talentueuses Warpaint en janvier, cité plus haut.
The Notwist, le retour avec Close To The Glass en février.
L’intrigante Angel Olsen en février.
Timber Timbre en mars, qui nous tease sans scrupules.

Nos précédents tops : 201220112010

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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