2008 en quelques films…

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En prenant les chiffres et l’objectivité comme critères exclusifs de jugement, les cinq longs-métrages qui ont suscité le plus d’engouement en 2008 sont…

twbb-2-2 – [ Bienvenue chez les ch'tis ->501], avec 20,3 millions d’entrées.

Astérix aux jeux olympiques, avec 6,8 millions d’entrées.

[Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal->596], avec 4,2 millions d’entrées.

Kung Fu Panda, avec 3,1 millions d’entrées.

– Ex æquo, avec 3 millions d’entrées : [Hancock->661], [The Dark Knight->702], et le second volet du Monde de Narnia .

Bilan plutôt maussade pour l’année qui s’achève et même assez effrayant lorsqu’un Will Smith vieillissant et un Heath Ledger au sommet de son art se voient placer sur un pied d’égalité.

Où sont passées les grandes sensations qui s’emparaient du pauvre spectateur démuni et désarmé, croyant assister à la projection d’un film, mais se retrouvant gracié par la Main de Dieu et pensant bien effleurer la Révélation entre deux plans séquences ?

Ils sont où, les longs-métrages catharsis qui nous mettaient face à nous-mêmes, à nos angoisses, à nos tourments, ou qui nous redonnaient de l’espoir, de la joie, l’envie d’aller de l’avant ?

Il est passé où le septième art ? S’est-il trouvé plus à l’aise, cantonné dans le divertissement ?

Si certains longs-métrages crèvent quand même l’écran, globalement, la question reste légitime.

2008 ne sera pas une grande cuvée, mais on réussit tout de même à dénicher quelques bonnes bouteilles, à l’arrière-goût de reviens-y.

La meilleure d’entre elles est couleur sang, et l’étiquette annonce la couleur : [There will be blood->500], de Paul Thomas Anderson . De quoi nous rappeler avec force pourquoi le cinéma est un art et une passion. Sur un fond de conquête de l’Ouest par un petit pétrolier américain, les thèmes de la religion et de la famille, déjà chers à Anderson dans Magnolia, se croisent et s’entremêlent, se partagent les personnages sans jamais les faire se heurter à l’écueil de la dichotomie habituelle entre bien et mal. Une photographie exceptionnelle, une bande son hypnotique, et un Daniel Day Lewis qui se livre à un jeu d’acteur parfaitement maîtrisé ; passant tantôt pour le brave gars qui nous met en confiance. Tantôt pour un dégénéré hallucinant et halluciné, qui n’est pas sans rappeler un certain Jack Nicholson jouant aux pères de famille dans Shining .

En seconde position; Hunger, de Steve McQueen . L’intrigue est basée sur des faits réels : Robert Gerard Sands, républicain irlandais membre de l’IRA, emprisonné dans la prison de Maze en Irlande du Nord, et devenu symbole auprès des membres du même parti, se lance dans une grève de la faim qui durera soixante-six jours avant qu’il ne succombe. Steve McQueen nous livre un long-métrage d’une violence extrême, et sa plongée dans l’univers carcéral provoque un questionnement chez le spectateur bouleversé, à propos de ses propres convictions éthiques, quant à la condition humaine et au sacrifice de soi.

La dernière décennie a donné lieu à une nouvelle approche du Méchant dans bon nombre de fictions. Plus charismatique qu’énigmatique, on lui a fouillé la personnalité, on a disséqué le moindre recoin de son cerveau tordu, et étalé des tourments, des névroses, des traumatismes qui apparurent comme des motifs à ses desseins diaboliques.

joker-banner_smAlors que l’on atteint les limites de ces analyses psychologisantes, un renouveau semble possible, notamment grâce à deux longs-métrages sortis cette année, où les Méchants sont d’autant plus terrifiants qu’ils n’ont a priori aucune raison pour l’être. Au panthéon des Nouveaux Méchants, règne le Joker de Christopher Nolan dans son nouvel opus de Batman : The Dark Knight . La prestation du regretté Heath Ledger suffirait presque à placer ce film parmi les cinq meilleurs de l’année. Ajoutons à cela les qualités esthétiques et la réalisation du long-métrage, et sa place est désormais indiscutable. Au delà d’un film d’action, The Dark Knight est une interrogation sociologique, à la fois pour l’individu et pour la collectivité. Freud y aurait sans doute reconnu ses trois composantes de prédilection : le Surmoi représenté par le Batman, le Moi par Harvey Dent, et le Ça revenant bien sûr au Joker.

Dans [Funny Games US->559], de Michael Haneke, deux jeunes gens bien sous tous rapports jouent avec les nerfs des spectateurs et de leurs futures victimes ; un couple de la petite bourgeoisie en villégiature, et leur jeune fils. Cet auto-remake – l’original date de 1997 et est Allemand – met en évidence le contraste entre la barbarie sanguinaire et l’irréprochable apparence des protagonistes, qui nous font vraiment comprendre le sens de l’expression « donner le bon Dieu sans confession ». Leur côté impassible met le spectateur dans un état de nerfs quasi insupportable et lui tord les tripes en le mettant face aux dérives qui découlent de la banalisation de la violence au sein de la société dans laquelle il vit.

Beaucoup plus de légèreté pour finir, avec ce qui est simplement le film le plus drôle de l’année : Tropic Thunder, le nouvel opus de Ben Stiller, co-réalisé par Justin Theroux . Cinq has been incarnant chacun un cliché de l’acteur raté se retrouvent au sein d’une super production dont l’aboutissement se targue d’être le plus grand film de guerre de tous les temps. Lâchés en pleine jungle au milieu de trafiquants d’héroïne asiatiques, le quintette va se retrouver plongé en pleine confusion entre la fiction et la réalité. Au delà du comique de situation omniprésent dans le film et des répliques cultes qui fusent (« I don’t read the script, the script reads me »), Tropic Thunder rejoint la thématique de Zoolander en dénonçant le diktat de l’image. Il rend aussi hommage à sa manière à ces acteurs qui manifestent une dangereuse propension à glisser sur la pente savonneuse. Le choix, au sein du casting, de Robert Downey Jr et de Jack Black, qui portent chacun leur propre lot de chimères, n’est sans doute pas anodin. Saluons aussi la mirifique prestation de Tom Cruise dans les guests, qui n’avait pas autant crevé l’écran depuis Magnolia.

18957014_w434_h_q80Le quota de bons sentiments ayant largement été atteint, passons désormais au cassage en règle, avec les cinq plus belles daubes de l’année 2008 :

En cinquième position – Mirrors, de l’infortuné Alexandre Aja . Malgré un remake punchy et bien ficelé de la Colline a des yeux, Aja perd sa crédibilité avec son second opus. Au programme, tous les clichés des derniers films à portée horrifique de la décennie (un morceau de Hantise, une pincée de Silent Hill, un arrière goût de House on Haunted Hill ), mixés et remixés jusqu’à ne plus former qu’une bouillie infâme et indigeste, qu’on sert à un spectateur consterné, avec, en guise de cerise sur la gâteau, une chute finale des plus tirées par les cheveux. En spécial bonus, la bonnasse habituelle qui nous fait une élection de miss t shirt mouillé à elle toute seule dans sa baraque inondée ; le marcel blanc est toujours de bon ton dans des cas pareils, cela va sans dire !

Dans le même registre, nous avons Saw 5, pour lequel Bousman laisse les commandes à David Hackl . Comme toute série télé qui se respecte, Saw perd de sa qualité au fil des saisons et change carrément de registre à la cinquième pour passer du film à suspense à une comédie sans grand intérêt à voir avec ses amis et à prendre au 666ème degré. Des pièges plus bidons que jamais, des acteurs horripilants au possible, et des flash backs et forwards dignes de Lost qui achèvent d’embrouiller le spectateur. On n’en attend pas moins Saw 6, fil rouge de la saga.

On quitte le verdâtre dégueulis et le sanguinolent pour s’aventurer au monde du scintillants et des paillettes ; après tout, c’est les fêtes. Ainsi découvre-t-on la perle philosophique de l’année, signée Kenny Ortega : High School Musical 3 ou l’expérience de la torture. Alors que le spectateur, à l’agonie, se demande constamment quand sonnera non pas le glas mais l’heure de la nouvelle ritournelle, le réalisateur y va de ses effets de suspense, si bien que celle-ci finit par tomber à plat lorsque ses premières notes résonnent. C’est un peu le principe des esquilles sous les ongles ; ça fait encore bien plus mal lorsque l’on s’imagine la douleur et qu’on l’attend, que lorsqu’on la ressent vraiment. Pour enfoncer le clou, le spectacle de fin d’année des Wild Cats reprendra un à un tous les morceaux entonnés dans le film. Dont un deux fois de suite. N’en jetez plus, la coupe est pleine.

Malgré un nombre d’entrées conséquent pour Hancock, Peter Berg n’y trouve pas pour autant la grâce. Certes, revisiter le mythe du super héros et l’affubler d’une dimension parodique était une bonne idée de départ, mais c’était aussi pour Berg la porte ouverte à toutes les fenêtres ! Alors que Will Smith porte tant bien que mal le poids du film sur ses épaules, le scénario bancal et les rebondissements improbables achèvent de lui faire perdre l’équilibre. On y va crescendo dans la débilité pour finir sur un paroxysme d’exaspération.

Avec Astérix aux jeux olympiques, Thomas Langmann s’est lancé dans la course aux superlatifs : plus grand, plus cher, plus diffusé, plus d’acteurs. Et c’est donc tout naturellement qu’il remporte la palme de la plus belle daube de l’année. Là où le Mission Cléopâtre d’ Alain Chabat faisait mouche, les Jeux Olympiques de Langmann endorment le spectateur. Coincés entre une absence de rythme, des gags pas drôles, un agaçant relent de patriotisme sur fond sonore de Johnny et avec Zidane en guest, nous sommes cordialement invités dans une ambiance à la bonne franquette, lisse et insipide faute de prendre le parti d’être subtile ou au moins vaguement drôle.

La tendance en dents-de-scie de l’année 2008 semble vouloir se reproduire pour 2009, avec d’un côté le quatrième volet de Jurassic Park et l’arrivée de la saga Twilight sur grand écran. Mais de l’autre, un nouveau Sam Mendes et Les Violette, de Benoît Cohen, annoncés d’emblée pour le mois de janvier. Affaire à suivre !

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A propos de l'auteur

Image de : Enfermée à l’extérieur sur le balcon de la Tour Sombre, Alex trouve parfois le courage de s’arracher à l’emprise du Crimson King. Elle ajuste alors sa longue vue et observe d’un air narquois le spectacle du rock, du cinéma et de la littérature qui déclinent. Il lui arrive quelquefois d’être agréablement surprise, mais c’est rare tant elle est consubstantiellement cynique. Son premier roman, Unplugged, est paru en 2009, puis un second en 2010, intitulé Omega et les animaux mécaniques, inspiré par l'album Mechanical Animals de Marilyn Manson.

3 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 6 janvier 2009
    David a écrit :

    Pourtant pas du tout fan de Batman, celui-ci est véritablement exceptionnel, plusieurs rebondissement « réel ».

  2. 2
    le Mercredi 7 janvier 2009
    Eymeric a écrit :

    Je suis d’accord avec le fait que 2008 n’aura pas été exceptionnelle côté cinéma, j’y suis pourtant allé plus que les autres années mais il n’y a vraiment aucun film qui m’ait déclenché un coup de foudre: une année bien plate, toujours sur le même credo que ce soit les comédies musicales (High Scool Music, Mamma Mia…) ou le comédies françaises.

  3. 3
    le Samedi 7 mars 2009
    AC a écrit :

    -Tropa de Elite-meilleur film sur le Brésil fait depuis fort longtemps.
    -Gomorra-Où comment faire un film (docu?) sur la mafia sans passer par la case Parrain.

    Mais sinon, c’est clair que le cinéma est plus que jamais aux mains des argentiers, 2008, cuvée maigre…

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