2 jours dans l’enfer de Lone Sloane (2)

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Suite et fin de la chronique de Pierre Mikaïloff et de sa plongée dans l'enfer de Lone Sloane. Une deuxième partie où il sera essentiellement question de Dali, des Stones et de LSD...

Retour sur la première partie…

Dimanche 24 septembre 2006

Image de 3_riff_jw_thoury_c_eudeline_p_manoeuvre_j_casagran_par_chloa_c_des_lyssesthumb Le lendemain, le premier truc qui me surprend est que je suis parvenu à me lever. Le second, c’est que tout le monde y est parvenu. On s’entasse donc dans des voitures, et on file vers l’Espagne, sous son crachin légendaire.

Dans la voiture, je découvre un peu mieux Jeff Pourquié, auteur de BD publié chez Casterman. On parle de jazz manouche. Je n’y connais rien, mais ça m’intéresse. Et puis, par ailleurs, je parle souvent de choses auxquelles je ne connais rien.

Arrivé au musée Dali, le groupe se disperse, se perd, s’égaye, se retrouve parfois :

- T’as vu ce truc ?… je demande à Jean-William.

- Quoi, tu veux dire la Cadillac dans la cour intérieure ?

- Ouais…

- Nous sommes d’accord, quel dommage qu’il en ait fait une sculpture…

Philippe Druillet, partagé entre son dalinisme et son goût des Cadillac, finit par approuver.

Je surprends alors Guillaume Bouzard, auteur de BD publié chez 6 Pieds Sous Terre, penché sur une toile du maître. Il reconnaît être impressionné par sa technique. C’est en effet – au-delà de l’humour omniprésent -, ce que l’on retient de Dali, cette virtuosité jamais écrasante.

Je tombe en arrêt un moment devant l’hologramme d’ Alice Cooper, First Cylindric Chromo-Hologram Portrait of Alice Cooper’s Brain – rien que ce nom ! Je constate que Dali et Alice Cooper se ressemblent étrangement. Dans une conférence de presse qui réunissait les deux hommes, en 1973, on demanda à Alice ce qu’il pensait de tout ça. Il répondit juste : « Je n’ai pas compris un traître mot de ce qu’il dit depuis le jour où je l’ai rencontré ». Le maître a alors bondi sur ses jambes et s’est écrié : « Parfait ! La confusion est la plus grande forme de communication. »

La visite du musée se conclut par une exposition des bijoux dessinés par Dali . Encore un grand moment d’inspiration en roue libre . Je ne dirai pas délirante, parce que les délires de Dali sont fruits de savants calculs – ou d’audacieuses spéculations. Le secret étant peut-être de ne jamais brider son imagination ? Parfois, ça rate, mais, peu importe, il y va toujours à fond.

Après cette récréation, nous retraversons la frontière. Déjeuner. Vous noterez au passage, qu’il n’y a jamais de rupture dans ce rythme binaire : Une activité nécessitant un effort (intellectuel, physique), suivi d’une plage roborative.

Au cours du repas, Philippe Manoeuvre me parle de son intérêt actuel pour le psychédélisme. Je repense à une remarque d’un collaborateur de Walt Disney, qui avait travaillé sur Fantasia . Des hippies le harcelaient, afin de savoir quelles drogues il avait prises pour inventer toutes ces images incroyables. Aucune, évidemment. Le film est sorti en 1940, et les studios du vieux Walt n’étaient pas un repaire de freaks à l’époque. Philippe suggère que le véritable film LSD des studios Disney est Alice au pays des merveilles .

Mais tout ceci ne doit pas nous voiler que nous avons ce fameux travail à accomplir. Nouveau départ vers l’église des Dominicains. Comme d’habitude, il y a trois kilomètres de queue devant le stand de Riff . Je suis embarrassé : Ces dessinateurs semblent hyperconnus, et je n’en ai lu aucun. Il faut bien l’admettre, je suis largué. Le problème est tellement angoissant que je décide de ne plus y penser.

Un domaine où je suis devenu un peu incollable, en revanche, c’est celui des versions pirates de l’album Dirty Works, des Rolling Stones . Et j’ai encore approfondi mes connaissances, ce week-end. Si vous souhaitez en savoir davantage sur les vingt-quatre versions de One hit to the body, écrivez-moi. (Bien entendu, tout le monde est déjà en train de s’esclaffer bruyamment, car Dirty Works, sorti en 1986, est le pire album des Stones, et One hit to the body, la pire chanson de cet album.)

L’heure tourne. Alors que l’on nous ramène déjà à l’aéroport, je me rends bien compte qu’il est temps de tirer une leçon de ce week-end, d’en faire le bilan, d’imaginer une phrase qui servira toujours, qu’on pourra ressortir en toutes circonstances. Quelque chose de pertinent, quoi !

Hé bien, figurez-vous que je n’ai trouvé que ça :

Les Stones n’auraient jamais dû arrêter le LSD, et Dali a bien fait de s’en tenir éloigné.

Crédits Photos: Chloé Des Lysses

En savoir +

Avec, pour les dessinateurs de BD:
Philippe Druillet http://www.druillet.com/
Joan http://www.pastis.org/joann/
Jeff Pourquié http://www.casterman.com/
Guillaume Bouzard http://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_Bouzard

Expo photo :
Alain Dister http://www.alaindister.com/

Pour les auteurs :
Philippe Manœuvre http://www.rocknfolk.com/
Pierre Mikaïloff http://www.myspace.com/mikailoff
Christian Eudeline www.myspace.com/christianeudeline
Jean-William Thoury www.fnac.com

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A propos de l'auteur

Image de : Pierre Mikaïloff est écrivain et scénariste. Traumatisé à jamais par les dix secondes d’intro de God Save the Queen , il s’essaiera lui-même à la fuzzbox avec Les Désaxés et Jacno. Il a collaboré à Rock & Folk, ainsi qu’à de nombreuses revues, imprimées ou en lignes, comme Minimum rock’n’roll, Gonzaï ou Luxe Intérieur. Depuis 2006, il a publié une dizaine d’ouvrages, dont une biographie de Noir Désir et un essai autour de Daniel Darc et participé à de nombreux ouvrages collectifs.

3 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 3 octobre 2006
    Love15 a écrit :

    Dumbo l’Eléphant, c’est carrément lysergique aussi, non ?

  2. 2
    le Vendredi 6 octobre 2006
    Ron Mastic a écrit :

    Le coté vieille ganache de catalan néo franquiste m’a toujours cassé les burnes chez Dali, j’ai été 3 fois par acquis d’inconscience à son musée. Ce qui reste de plus touchant dans ses travaux sont ses dessins et croquis à l’encre de chine (confère l’expo Don Quichotte sur l’avenue de catalogne à barcelone, émouvant) gestes premiers, épures romantiques parallèle Joy Division quand Ian Curtis…. Quand à sa cadillac ça a amusé quelques néo hyppies capable de fréquenter les plages espagnoles dans les années 60 et 70 sans problème de conscience.
    En même temps il y avait coté france tout proche à Céret (Où est, était ?, le dernier bistrot de France en coopérative ouvrière) une expo de Bioules, ouvrages du conceptuel au figuratif quasi liturgique j’ai entendu R. Wyatt.
    Sino j’espère que le Maurice el director d’el Médiator vous a fait les honneurs qu’il sait faire…..Quand même bel article. Avec salutations sympathies et remerciements.

  3. 3
    le Lundi 9 octobre 2006
    Anonyme a écrit :

    décidement, des points communs partouts ……..
    étant un très grand fan des Stones, je découvre que tu aimes Dirty work !!!! One hit to the body étant ma chanson préférée de l’album avec winning ugly ….
    N’était-ce point de l’ironie Pierre ????

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