12e Festival du Cinéma asiatique de Deauville

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Existe-t-il un genre "cinéma asiatique" ? Brillante Mendoza, à l'honneur lors de ce festival, pense que ce n'est pas le cas, qu'il n'existe pas une véritable "tendance asiatique", mais uniquement "des festivals comme celui-ci qui permettent de faire connaître ce genre de films, de faire découvrir des cinémas jeunes".

Effectivement, rien ne semble se ressembler dans le monde du cinéma asiatique, l’hétérogénéité des styles qui se succèdent lors du festival le prouve: la découverte est donc avant tout à l’honneur, pour des films qui, pour la plupart, ne sortiront jamais sur les écrans européens.

Pourtant, autant dans la sélection du festival que dans les dénominations des catégories, on peut distinguer deux tendances. L’une, privilégiée en Europe, est le cinéma que Deauville a nommé la catégorie « Panorama », autrement intitulé le « contemplatif » (que certains qualifieront juste de « chiant »). On a l’impression que ce style serait plus rural, plus lent (à tous les niveaux), beaucoup plus empreint d’une conception du temps très bouddhiste : on pense notamment à Printemps, Eté, Automne, Hiver, et… Printemps, ou à Still Life.

D’autre part, le cinéma nommé « Action Asia », aux antipodes du précédent, privilégié par nos amis américains : ce sont les Bruce Lee, ou encore Le Secret des Poignards Volants (et d’ailleurs presque tous les films de Yimou Zhang). Plus issue de l’influence hollywoodienne sur le cinéma asiatique, il est par définition beaucoup plus rapide, urbain la plupart du temps, propose des scènes de combat plus abracadabrantes les unes que les autres, parfois même impensables (la fameuse scène des bambous de Tigres et Dragons).

Ainsi, le Festival du cinéma asiatique, en proposant des compétitions internes à ces sous-genres, permet une catégorisation qu’on apprécie face à un cinéma qui peut souffrir de n’être qu’appelé « asiatique ». L’univers que l’on peut se faire d’un tel cinéma est réducteur, au programme de Deauville : des films indiens (hé oui, l’Inde est en Asie), des films tadjiks, des films cambodgiens, à l’honneur cette année, le réalisateur philippin Brillante Mendoza, primé à Cannes en 2009 pour Kinatay… Même si le festival reste surreprésenté en cinéma chinois, hongkongais et japonais, la place est faite aux pays dont la production cinématographique est moins développée et pas extension, moins importée en Europe.

Trois salles permettent le visionnage : le Casino, le Morny, et le CID. 40 films sont projetés pendant les 4 jours devant une population très diversifiée, jeunes, moins jeunes, habitants de Deauville, badauds en vacances. Comme dans tout festival, nous n’avons pas le temps de tout voir : certaines séances affichent complet, d’autres sont des projections uniques (Thirst – version longue)… En résumé, beaucoup de films vus, on aura été surpris (Chengdu I love you, où la deuxième partie est consacré à un fou qui manie l’art… de la théière à bec long de 2m), on aura vu des transitions qu’aucun réalisateur n’aurait osé depuis 30 ans en Europe (Bad Blood), et surtout, on aura beaucoup rit (The King of Jail Breakers, Aurevoir Taiper) ! Le Festival nous aura fait découvrir le comique du cinéma asiatique, qu’on ne voit pourtant que très peu sur nos écrans (mis à part peut-être Shaolin Soccer), et qui est très réussi.

Notre palmarès

Le coup de cœur : Aurevoir Taipei (Yi Ye Tai Bei) de Arvin Chen

L’histoire : la petite amie de Kai vient de s’envoler pour Paris, et désemparé, ce dernier passe ses nuits dans une librairie à apprendre le français avec une idée en tête : la rejoindre. Il va pourtant se rendre compte bien vite que l’amour et l’aventure qu’il pense si loin, sont en fait au bas de sa porte.

On n’espère qu’une chose, que ce film arrive un jour sur les écrans français. Léger, drôle, beau, le premier film du chinois Arvin Chen est un petit bijou. Aurevoir Taipei met en scène des protagonistes tous aussi attachants les uns que les autres qui se lancent dans une course-poursuite sans queue ni tête, chacun rattrapé par ses sentiments, qu’il le veuille ou non. Le tout est filmé sans prétention, sur un air de swing : Chen voulait montrer la façade romantique et magique de Taipei, qui finalement n’avait rien à envier à Paris comme ville de l’amour : c’est très réussi.

La caméra d’or : Bodyguards & Assassins (Shi Yue Wei Cheng) de Teddy Chen

L’histoire : avant que le docteur Sun Yat-Sen ne soit considéré comme le père de la Chine moderne en devenant l’instigateur de la révolution de 1911, il se rend à Hong Kong le 15 octobre 1905 pour assister à une réunion secrète et créer une armée prête à renverser la dynastie Qing. Avant son arrivée, des assassins d’élite sont dépêchés par la cour afin de tuer le docteur Sun

Teddy Chen est venu lui-même au festival présenter ce film qu’il a mis 10 ans à tourner. Autant de temps pour convaincre ses investisseurs d’investir 1/3 du budget qui lui était alloué… dans la construction des décors. Film historique, on remercie Mr Chen de sa ténacité, tellement le rendu est convaincant, et surtout extrêmement bien filmé. Bodyguards & Assassins, sorte de fresque historique d’un moment clé qui va faire basculer l’histoire de la Chine, pèche malheureusement par trop de violonades lors des « séquence émotion », mais n’en est pas pour autant moins allétant: Chen sait extrêmement bien jouer de ses protagonistes, et les met au service de son film, dont les 2h17 passent très vite.

Le plus rock’n’roll : Clash (Bay Rong) de Le Thanh Son

L’histoire : Trinh, jeune femme entraînée au combat, est obligée de mener à bien plusieurs missions si elle veut revoir sa fille qui a été kidnappée. Elle engage d’autres hommes de main pour mener à bien une dernière mission… qui tourne mal.

Film vietnamien, kitsch au possible, alternant scènes de combat époustouflantes sur du hip-hop survolté, et flashbacks en sépia, larmes et musique d’opéra, Clash accumule stéréotypes du film de genre. Pourtant, dans ce genre-là, il excelle: on ne s’ennuie pas une seconde, et parfois tout est tellement surjoué, qu’on se demande si cela n’est pas fait exprès, si Le Thanh Son ne serait pas un Tarantino dans l’âme, qui sait?

Le plus contemplatif des contemplatifs : My Daughter de Charlotte Lim Lay Kuen

L’histoire : une jeune fille entretien une relation mi-haine mi-amour avec sa mère qui enchaîne les relations amoureuses désastreuses.

On ne risquera pas de vous raconter la fin : on n’a tenu en tout et pour tout 15 minutes. Ce film, tourné essentiellement en plans fixes, grain sale et bruit de la pellicule en bonus, est le calvaire de toute personne sainement constituée : quasiment muet, on atteint le summum quand la fille met 2 minutes pour beurrer une tartine, avec gros plans sur la tartine, évidemment. A éviter absolument en cas de sortie en salle!

Le vrai palmarès

Lotus du meilleur film : Judge (Liu Jge)

Lotus du Jury (ex æquo) : Aurevoir Taipei (Arvin Chen) et Paju (Park Chan-ok)

Lotus Air France, prix de la critique internationale : My Daughter (Charlotte Lim Lay Kuen)

Lotus Action Asia : The Sword with no name (Kim Yong-Kyun)

Directeur du Festival, Bruno Barde explique que « le cinéma asiatique, à l’instar des grands vins, et quel que soit le millésime, reste au sommet des cimes. (…) Ce plaisir d’une cinéma hors limite, dont la langueur n’est jamais monotone, nous laisse atone et joyeux d’une promesse à venir. » A défaut de pouvoir qualifier l’ensemble du cinéma asiatique, « hors limite » est peut-être le terme qui le qualifie le mieux et qu’on retiendra suite à ce festival : il aborde des sujets diversifiés, se renouvelle sans cesse et surtout, ose tout, comme s’il était en constante évolution dans sa recherche cinématographique, ce qui ne peut que ravir les cinéphiles et les spectateurs?

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Site du Festival du cinéma asiatique : http://www.deauvilleasia.com/accueil.html

A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

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